Une ultime tentative pour rapprocher Téhéran de La Mecque

(De gauche à droite) Le ministre saoudien de la Défense, le prince Khalid bin Salman, le chef de l’armée pakistanaise, Asim Munir, et le chef des services de renseignement turcs, Ibrahim Kalin, lors de leur rencontre avec le président, le ministre des Affaires étrangères et le chef de la sécurité iraniens à Téhéran, le 26 octobre 2026. (AFP)
(De gauche à droite) Le ministre saoudien de la Défense, le prince Khalid bin Salman, le chef de l’armée pakistanaise, Asim Munir, et le chef des services de renseignement turcs, Ibrahim Kalin, lors de leur rencontre avec le président, le ministre des Affaires étrangères et le chef de la sécurité iraniens à Téhéran, le 26 octobre 2026. (AFP)
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Une ultime tentative pour rapprocher Téhéran de La Mecque

Une ultime tentative pour rapprocher Téhéran de La Mecque
  • Une visite surprise des hauts responsables du Pacte de La Mecque à Téhéran soulève des questions sur l'impact de cette rencontre entre des nations aux intérêts divergents
  • Cette visite vise à persuader l'Iran d'agir de manière réaliste pour éviter l'escalade des tensions, surtout face à une potentielle campagne américano-israélienne imminente

La visite surprise à Téhéran des hauts responsables du Pacte de La Mecque — Arabie saoudite, Pakistan et Turquie — a laissé beaucoup de monde s’interroger : que peuvent réellement accomplir à Téhéran trois capitales aux intérêts différents, mais animées par une préoccupation commune, et à une heure aussi tardive ?

La réponse est à la fois modeste et cruciale.

Cette visite est l’occasion de présenter à l’Iran les faits et les risques, de lui rappeler la nécessité d’agir avec sagesse et réalisme, et d’épargner à sa population comme à la région les conséquences d’une escalade. Cela est d’autant plus vrai qu’une campagne destructrice américano-israélienne semble plus imminente que jamais.

Il ne s’agit pas de spéculations. Comme l’a rapporté CNN cette semaine, des responsables américains ont déclaré que les forces américaines au Moyen-Orient étaient prêtes à lancer de nouvelles opérations militaires contre l’Iran, potentiellement de grande ampleur, « dans les 96 heures suivant la réception » d’un ordre du président Donald Trump. Selon les sources citées, des forces suffisantes sont désormais déployées dans la région pour mener ces éventuelles frappes. Et, point crucial, leur portée dépasserait probablement les opérations visant simplement à « tondre la pelouse » — en frappant des radars et des lanceurs rapidement reconstitués —, comme cela a été le cas depuis que Trump a interrompu les opérations de combat à grande échelle plus tôt cette année.

Autrement dit, ce troisième round, s’il a lieu, ne vise pas à gérer le dossier nucléaire. Il s’agit d’y mettre fin, et peut-être de régler bien d’autres questions au passage.

Alors, qui fera des concessions ?

Eh bien, les deux camps devront renoncer à quelque chose, car tous deux ont quelque chose à perdre. La seule différence est que l’Arabie saoudite prend en compte les pertes qu’elle pourrait subir, ainsi que celles de la région — sur les plans humain, économique et stratégique. Je ne suis pas certain qu’on puisse en dire autant des idéologues de Téhéran, qui considèrent l’enrichissement comme une ligne rouge et refusent d’envoyer à l’étranger le moindre gramme d’uranium enrichi.

La balle est désormais dans le camp de l’Iran. Téhéran choisira-t-il de se rapprocher de La Mecque — du réalisme, de son voisinage, du droit international — ou prendra-t-il le risque de plonger dans le chaos non seulement son propre pays, mais toute la région ?

Faisal J. Abbas | Rédacteur en chef

Ce qui était acceptable sous Barack Obama en 2015 — un enrichissement à 3,67 %, avec une partie de l’uranium expédiée en Russie — ne l’est plus pour Trump. Sa position est claire : aucun enrichissement, transfert de tous les stocks vers les États-Unis et démantèlement des installations ou restrictions sévères à leur fonctionnement. Téhéran, de son côté, refuse ces deux exigences. Trump a également clairement indiqué que s’il n’obtenait pas ce qu’il voulait par la négociation, il n’hésiterait pas à recourir à la force brute.

L’écart entre les deux positions est immense. Mais c’est précisément pour cette raison que le Pacte de La Mecque est important.

Depuis sa création, le Royaume a avancé sur cette ligne de crête entre diplomatie et dissuasion. Avec courage et une grande précision, il a réussi à protéger son territoire, ses lieux saints et sa population contre les missiles et les drones, tout en laissant entrouverte la porte à la désescalade. Toutefois, une attaque américano-israélienne sans précédent aurait des conséquences tout aussi inédites, qu’elle réussisse ou non sur le plan militaire — pour l’énergie, la navigation et l’ensemble de la région.

C’est pourquoi une ultime tentative pour éviter la guerre n’est pas un signe de faiblesse. C’est faire preuve de sagesse.

Il existe néanmoins des limites à ce que les pays du Pacte de La Mecque sont prêts à accepter, et elles doivent être énoncées clairement. Toute discussion sur la sécurité régionale doit reposer sur le respect de la Charte des Nations unies, du droit international et de la Charte de l’Organisation de la coopération islamique. Cela implique un engagement concret : cesser toute ingérence dans les affaires arabes, mettre fin au soutien aux milices et aux attaques, et garantir la liberté de navigation ainsi que sa sécurité.

C’est le minimum requis pour tout ordre régional digne de ce nom.

La balle est désormais dans le camp de Téhéran. À huit jours des élections de mi-mandat américaines, le compte à rebours évoqué par CNN est lancé. Téhéran choisira-t-il de se rapprocher de La Mecque — du réalisme, de son voisinage, du droit international — ou prendra-t-il le risque de plonger dans le chaos non seulement son propre pays, mais toute la région ?

Faisal J. Abbas est rédacteur en chef d’Arab News.

X : @FaisalJAbbas

NDLR: Les opinions exprimées par les auteurs dans cette section leur sont propres et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Arab News.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com